Nom : Vaeniel
Prénom : Sighil
Âge : 187 ans
Culte : Eva et Shilen
Race : Elfe
NaissanceDans la forêt, les sentinelles étaient à leur poste, préservant par leur surveillance la paix du sanctuaire des Elfes. Pas un souffle de vent, pas un bruit, sinon celui des hiboux, de la vie nocturne qui s’éveillait dès le coucher du soleil. Au nord du cirque montagneux, la lune baignait la silhouette de l’Arbre Mère de sa pâle lueur, lui donnant l’éclat des dieux, comme s’il était un aperçu de la beauté d’Eva ; la brise qui soufflait au travers des branches de l’Arbre murmurait dans la forêt une mélodie emplie de nostalgie et d’amour, souvenirs d’une époque où les elfes n’étaient qu’un seul peuple. Un peu plus loin, dans la cité elfique, une mère donnait la vie. Il se nommera Sighil, ils l’avaient décidé tous deux bien avant sa naissance. Sighil Vaeniel.
DécouverteLe soleil dominait les territoires elfiques de sa chaleureuse lumière, et le reflet de celle-ci dans les eaux pures d’Eva entourait l’Arbre d’une aura quasi-divine. Certains s’affairaient aux divers métiers qu’ils avaient choisis, tissant, priant… D’autres se prélassaient à l’ombre de l’arbre, sur la place, profitant de la fraicheur que procurait le ruisseau coulant à proximité.
Ils étaient plusieurs à avoir suivi le cours d’eau qui naissait au nord de Cedefellen. Descendant plus au Sud, ils avaient traversé les plaines qui cernaient la cité, pour aboutir au lac Iris, où chacun avait pu se rafraîchir sur les rives par des jeux d’eau, parfois des incantations, pour les plus doués d’entre eux, qui faisaient le malheur de leurs adversaires. Puis ils avaient été voir Thalia, la conteuse, qui leur narra une fois de plus l’histoire de la guerre des Dieux et des Dragons. A chaque fois qu’ils entendaient ce récit, tous imaginaient les terrifiantes créatures à l’assaut des cieux, combattant les armées d’Einhasad dans des gerbes de magie, déroulant un voile de chaos sur le monde, puis emprisonnés par les guerriers saints des peuples unis.
Ensuite, elle leur faisait jouer la scène du combat contre Valakas, organisant les forces face au dragon de bois qui faisait office de menace, et chacun s’exerçait contre lui, enchaînant parades à l’épée, chants de soutien, colonnes d’eau ou flèches d’if ; ainsi, ils pouvaient découvrir les dons qui leur avait été offerts par les dieux, et apprendre l’histoire de leur peuple.
Une fois la scène terminée, chacun retournait en ville, chantant au son d’un instrument amené par l’un d’entre eux. Parfois un luth, parfois une harpe… Chacun pouvait de cette manière goûter aux délices des voix elfiques dès leur plus jeune âge.
Un peu plus tard, Sighil retournait au pied de l’Arbre Mère, méditant dans l’un des temples secondaires qui le bordaient, goûtant aux chants majestueux qui s’élevaient du sanctuaire d’Eva, en harmonie avec la mélodie de l’arbre. Le son de sa voix, claire et pure, se mêlait aux psaumes en un contrechant qui sublimait l’ensemble et emplissait la vallée d’une paix divine que même la nature respectait en son sein. Ces moments d’intimité avec la Déesse elle-même lui procuraient une sérénité intérieure et attisaient sa dévotion envers celle qui les avait vu naître et choyés aux premiers temps de la vie ; son chant devenait alors un lien que chaque elfe blanc possède en lui, unissant les Arts et l’Eau primordiale en leur sang et en leur âme.
La nuit tombée, Sighil étudiait ardemment les livres que lui avait confiés son précepteur familial. Les anciens préceptes de Shilen se mêlaient à ceux d'Eva, mais il devait les apprendre avec autant d'ardeur et de concentration qu'au temple du village. Plus jeune, on lui avait fait promettre de vénérer Shilen avec autant de dévotion qu'Eva, et il l'avait fait, ne comprenant pas l'enjeu d'une telle promesse. Puis il avait grandi, et comprenait à présent pourquoi une telle foi était exigée de lui. Sa famille était ancienne, on lui avait enseigné son histoire quelques années plus tôt, plus ancienne même que la scission; ils avaient combattu au côté des elfes, malgré le départ de quelques-uns d'entre eux avec le Nécromant. Cependant, ils continuaient à vouer à Shilen un culte aussi fervent qu'à Eva, conservant les anciennes traditions et les mêlant aux nouvelles malgré le changement de divinité qui s'était opéré.
La vision traditionnaliste de sa famille et le récit des aînés lui faisaient comprendre les valeurs véhiculées par ces deux cultes, très proches dans le fond même si la forme changea brusquement avec la protection nouvelle de la déesse des arts; il perçut aussi le changement qui s'était opéré depuis quelques générations dans la mentalité elfique, et surtout l'oubli des erreurs passées, telles que la confiance envers les humains, et même quelques fois la sympathie avec les sombres et les orcs. Devant une telle aberration, Sighil s'investissait dans tout évènement rappellant la mémoire des elfes, et décida de propager par le don de sa voix aux Déesses la gloire et la fierté de son peuple.
DépartSighil avait pris cette décision après des jours de réflexion, assis au pied de l’Arbre Mère, contemplant le reflet du soleil sur le bassin sacré: il quitterait dès le lendemain les bois paisibles de la vallée elfique. Son tuteur lui avait conseillé de parfaire les techniques des
maethor plus au Sud, dans les territoires des
edain, et l’elfe savait qu’il lui fallait parfaire sa maîtrise de la lame avant de pouvoir l’accompagner de son chant, avant de pouvoir faire vibrer le métal à la gloire des Déesses.
Il avait longtemps médité près de la cascade qui bordait le village, se préparant à quitter sa contrée natale pour explorer le monde et y clamer la gloire des elfes. Les yeux fermés, il y entraînait sa voix et son oreille, se concentrant sur les sons qui le baignaient, purifiant son esprit en chassant ses pensées par la lumière divine qui émergeait en lui à chaque note. Le jeune
edhel savait qu’il n’aurait plus l’occasion de profiter de cette paix, et il souhaitait garder dans sa mémoire ces instants uniques qu’il avait vécus avec ses origines les plus profondes.
C’est ainsi qu’un matin, alors que la rosée et le soleil illuminaient la belle cité des elfes de milles couleurs, Sighil Vaeniel prononça à l’intention de la passeuse ces mots : «
Na Gludio. »
AboutissementLes prières des chantelames résonnaient dans la vallée depuis plusieurs jours déjà, chantant la gloire de celui qui les rejoignait en ce jour. Habillés de leurs tenues cérémonielles, armures d’ivoire ciselées d’argent et ornées du symbole d’Eva, chacun était agenouillé, l’épée lévitant à quelques centimètres du sol devant soi, et entonnait un hymne à la Déesse, accompagné des mélodies que les épées tissaient par leurs vibrations. Sur le pont, vêtu d’une simple robe blanche, Sighil s’avançait dignement vers l’Arbre, se dirigeant vers le grand prêtre qui l’attendait, un voile finement tissé flottant à ses côtés et enveloppant l’arme sainte des
Aerlinn.
L’elfe sentait en lui les vibrations des lames qui accompagnaient sa marche, et ferma les yeux un instant pour profiter de cet instant unique. Il avait l’impression d’être aux côtés des Dieux, envoûté par les chants d’Eva dans le royaume céleste ; et cela le motiva plus que tous les psaumes et les prières du monde pour lier son destin à l’art béni des chantelames.
Rouvrant les yeux, il reprit son chemin sur les dalles blanches du pont, puis pénétra dans l’eau scintillante et paisible, où tous les habitants du village s’étaient réunis pour admirer une cérémonie devenue rare et précieuse, mais également symbole de l’art et de la fierté elfique à son paroxysme. Troublant l’eau de ses pas, il se présenta devant le saint homme, et posa un genou à terre, la tête baissée, attendant la bénédiction du patriarche.
Celui-ci lui imposa les mains, clamant haut et fort ses paroles, puis il fit relever la tête de l’elfe, accompagnant le mouvement d’une main bienveillante sous le menton. Il prit solennellement l’épée, l’ôtant de son linceul, et la présenta à l’Arbre pour qu’Eva soit témoin de la dévotion de l’un de ses fils.
Il se tourna enfin vers Sighil, et lui offrit la lame posée à plat dans ses mains, brillant sous le soleil d’été qui illuminait la scène. Le jeune chantelame la prit avec précaution, la tenant face à lui, pommeau vers les cieux et pointe vers la terre ; puis il entonna le
Main Lind, le Premier Chant, faisant vibrer son arme progressivement, jusqu’à ce qu’épée et voix ne fassent qu’une seule et même note. Tour à tour, chacun des
Aerlinn ferma les yeux, se mettant à genoux, leur instrument devant eux. Chacune des lames brilla alors d'une lueur divine, vibrant telles les cordes d'un luth et propageant le chant uni des guerriers à travers la vallée elfique, afin que tous puissent entendre la voix d'Eva s'élever par leurs cantiques.
Durant une heure entière, les chants résonnèrent dans la contrée elfique, faisant taire les rivières et les animaux afin que tous puissent entendre la grâce et la sagesse du peuple elfique; puis le silence revint, les épées cessèrent de vibrer, progressivement, et tous ouvrirent les yeux.
Ce jour-là, une grande fête eut lieu pour célébrer la voix nouvelle qui s'élèverait au combat pour chanter la gloire du peuple des Déesses.